Calendrier et profondeur de démarque : la grille
Une politique de démarque combine deux décisions distinctes : quand déclencher chaque palier de décote, et de combien. Les traiter séparément, sans grille commune, produit des incohérences entre magasins.
30 à 40 % de l'habillement produit dans le monde est vendu en démarque, ou jamais vendu (McKinsey). Automatiser cette grille de décote et son déclenchement, c'est l'objet du module Markdown & Déstockage de BOOPER.
Une démarque se résume souvent, à tort, à une seule question : de combien baisser le prix. En réalité, deux dimensions se combinent : le calendrier et la profondeur de la décote. Posées à l'avance dans une grille, elles transforment la démarque en un processus prévisible plutôt qu'une réaction de panique.

Une décision, deux dimensions
Une politique de démarque se résume souvent, à tort, à une seule question : « de combien je baisse le prix ? ». En réalité, deux dimensions distinctes se combinent :
- Le calendrier : à quels jalons de la saison la démarque se déclenche-t-elle, et selon quel déclencheur (date fixe, ou écart au taux d'écoulement observé) ?
- La profondeur : de combien baisse le prix à chaque palier, et cette profondeur doit-elle être identique pour toutes les catégories ?
Traiter ces deux dimensions séparément, sans grille commune, est la source la plus fréquente d'incohérence entre magasins ou entre catégories d'une même enseigne.
Pourquoi l'improvisation coûte cher
Selon l'étude State of Fashion de McKinsey & Company (BoF-McKinsey), 30 à 40 % de l'habillement produit dans le monde est vendu en démarque ou reste invendu, un signal fort que le calendrier et la profondeur de démarque restent, pour une large part du secteur, pilotés trop tard ou de façon trop uniforme.
de l'habillement produit dans le monde est vendu en démarque, ou jamais vendu, un signe que le calendrier et la profondeur de décote restent largement sous-pilotés dans le secteur (McKinsey & Company, State of Fashion).
Une grille de décote posée à l'avance ne garantit pas d'éviter toute démarque : elle garantit que chaque démarque appliquée est une décision, pas une réaction.
Construire un calendrier de démarque
Le calendrier répond à une question simple : à quel moment déclenche-t-on le prochain palier de décote ? Deux logiques coexistent, souvent combinées :
- Le calendrier à dates fixes : des paliers connus à l'avance (semaine 4, semaine 8, semaine 12 de la saison), simples à communiquer et à exécuter en magasin.
- Le calendrier déclenché par l'écart d'écoulement : la démarque se déclenche quand le taux d'écoulement réel décroche de la trajectoire cible, indépendamment de la date.
La plupart des retailers matures combinent les deux, voir aussi notre article sur l'arbitrage marge vs taux d'écoulement.
Calibrer la profondeur de remise
La profondeur de démarque (l'ampleur de la baisse à chaque palier) ne devrait jamais être une valeur unique appliquée à tout le catalogue. Trois facteurs la font varier :
- L'élasticité de la référence : plus la demande réagit fort à une baisse de prix, moins il faut de profondeur pour déclencher l'écoulement voulu.
- Le temps restant avant la date butoir : une même quantité de stock résiduel exige une décote plus profonde si la fenêtre de vente restante est courte.
- La valeur de sortie si le produit reste invendu : plus la liquidation finale coûte cher, plus une décote intermédiaire plus profonde peut se justifier économiquement.
Un exemple de grille en paliers
Palier 1 : décote légère
Premier signal de ralentissement de l'écoulement : une décote modérée (de l'ordre de -20 %) pour tester la réaction sans détruire la marge inutilement.
Palier 2 : décote intermédiaire
Si l'écart d'écoulement persiste : une décote plus marquée (de l'ordre de -40 %), déclenchée à un jalon connu à l'avance.
Palier 3 : décote finale
À l'approche de la date butoir : une décote profonde (de l'ordre de -60 % ou plus) pour écouler avant la fin de fenêtre commerciale.
Sortie finale
Pour le reliquat non écoulé même à la décote maximale : liquidation groupée, don, ou déstockage vers un canal secondaire, décidé en amont, pas dans l'urgence.
Ces ordres de grandeur (-20 %, -40 %, -60 %) sont indicatifs, pas une norme universelle : la bonne grille se calibre sur l'historique réel de chaque catégorie.
La rentrée scolaire offre un cas d'école de cette logique de paliers appliquée à une fenêtre commerciale très courte : notre guide sur le pricing de rentrée scolaire 2026 détaille comment planifier un palier d'ouverture, un palier intermédiaire et un palier de fin de période avant même le début de la période de vente.
Ce que révèlent les chiffres du marché : la démarque n'est plus une exception
Longtemps traitée comme un pis-aller de fin de saison, la démarque occupe aujourd'hui une place structurelle dans le chiffre d'affaires de nombreuses enseignes, en particulier dans l'habillement.
des achats d'habillement réalisés en France ont eu lieu en solde ou en promotion, en valeur, au premier semestre 2025 (Institut Français de la Mode, Baromètre consommateurs IFM).
Quand plus d'un tiers du chiffre d'affaires se fait à prix réduit, le calendrier et la grille de décote cessent d'être un outil de fin de parcours pour devenir un levier de pilotage de marge à part entière, au même titre que le prix plein. Une enseigne qui continue à improviser sa démarque pendant qu'un tiers de ses ventes en dépend directement laisse une part significative de sa rentabilité au hasard du calendrier.
Adapter le calendrier de démarque selon la nature du produit
Une grille de décote unique appliquée à tout le catalogue ignore une réalité simple : toutes les familles de produits ne vieillissent pas au même rythme ni pour les mêmes raisons.
- Mode et textile : deux périodes de soldes légales fixées nationalement, encadrant une démarque libre praticable le reste de l'année depuis l'assouplissement introduit par la loi Macron de 2015.
- Produits frais et bio à date limite de consommation courte : une démarque quasi quotidienne, pilotée par le nombre de jours restants avant la date limite plutôt que par un calendrier saisonnier.
- Biens durables et électroménager : une fin de série liée au cycle de renouvellement du fournisseur, qui peut tomber à n'importe quel moment de l'année, indépendamment des saisons commerciales classiques.
Traiter ces trois logiques avec la même grille de paliers revient à sur-démarquer certains produits qui auraient pu se vendre à prix plein plus longtemps, et à sous-démarquer d'autres qui avaient besoin d'un signal plus rapide et plus profond.
Suivre l'efficacité de son calendrier de démarque dans le temps
Un calendrier et une grille de décote ne se valident pas une fois pour toutes en début de saison : leur efficacité se mesure en continu, sur deux indicateurs simples à suivre.
- L'écart entre la marge budgétée pour la période de démarque et la marge réellement réalisée : un écart récurrent dans le même sens, saison après saison, signale une grille mal calibrée plutôt qu'un accident isolé.
- La part du stock qui atteint le dernier palier ou la sortie finale : si une proportion croissante de références termine systématiquement au palier le plus profond, le déclenchement du premier palier intervient probablement trop tard.
Ces deux indicateurs, croisés avec les données de rotation par catégorie, permettent d'ajuster la grille d'une saison à l'autre plutôt que de la reconduire à l'identique par habitude.
Questions complémentaires
Quelle différence entre les soldes légales et la démarque libre en France ?
Les soldes sont des périodes réglementées, fixées au niveau national à date connue à l'avance, pendant lesquelles la vente à perte est autorisée. La démarque pratiquée en dehors de ces périodes reste libre depuis 2015, mais elle est encadrée par l'interdiction de la revente à perte, sauf exceptions précises. Les deux logiques se complètent : les soldes purgent le stock résiduel de fin de saison, la démarque libre permet d'ajuster au fil de l'eau sans attendre l'échéance nationale. Voir aussi notre article sur les fins de collection et stocks dormants, qui détaille comment détecter les produits concernés avant qu'il ne soit trop tard.
Faut-il aligner son calendrier de démarque sur celui des concurrents ?
Suivre aveuglément le calendrier d'un concurrent revient à subir son rythme de rotation de stock, qui n'a aucune raison de correspondre au vôtre. Il est plus utile de s'inspirer des grandes mécaniques du marché, comme les différentes stratégies de promotional pricing, tout en calant son propre calendrier sur ses données internes de rotation et de marge par catégorie.
FAQ
Les questions qu'on nous pose le plus souvent avant de se lancer.
Non : appliquer une profondeur uniforme à tout le catalogue est justement l'erreur la plus fréquente. La profondeur de décote doit varier selon trois facteurs propres à chaque référence : son élasticité prix par référence, le temps restant avant la date butoir, et le coût de la liquidation finale si le produit reste invendu.
Une référence très élastique a besoin de moins de décote pour déclencher l'écoulement voulu, alors qu'un produit peu sensible au prix, ou dont la fenêtre de vente se referme vite, peut justifier un palier plus profond dès le premier déclenchement. C'est exactement la logique des trois paliers indicatifs présentés dans l'article, -20 %, -40 %, -60 %, qui ne sont volontairement pas des valeurs fixes mais des ordres de grandeur à calibrer catégorie par catégorie.
Uniformiser la profondeur par facilité opérationnelle revient à brader certaines références sans nécessité et à sous-décoter d'autres qui resteront invendues : c'est un manque à gagner direct sur la marge globale de la collection.
Les deux logiques se combinent, elles ne s'excluent pas. Le calendrier à dates fixes (semaine 4, semaine 8, semaine 12 de la saison) offre une trajectoire simple à communiquer et à exécuter uniformément en magasin, tandis que le déclenchement par écart de taux d'écoulement permet d'anticiper une décote avant la date prévue si la vitesse de vente réelle décroche de la trajectoire cible.
Selon l'article, la plupart des retailers matures construisent un calendrier de base à dates fixes, puis l'ajustent par des déclenchements anticipés dès que l'écart d'écoulement dépasse un seuil défini, une approche qui rejoint directement l'arbitrage marge vs taux d'écoulement décrit ailleurs sur le blog.
Cette combinaison évite les deux écueils extrêmes : le calendrier rigide qui démarque trop tard une référence qui décroche vite, et le pilotage 100 % réactif qui rend la programmation logistique et la communication terrain imprévisibles.
Trois paliers suffisent généralement : une décote légère de l'ordre de -20 % au premier signal de ralentissement, une décote intermédiaire autour de -40 % si l'écart d'écoulement persiste, puis une décote profonde de -60 % ou plus à l'approche de la date butoir.
À ces trois paliers s'ajoute une sortie finale prévue en amont pour le stock résiduel non écoulé même à la décote maximale : liquidation groupée, don, ou déstockage vers un canal secondaire, décidé avant la fin de saison plutôt que géré dans l'urgence. C'est cette anticipation de la sortie finale qui distingue une grille de décote structurée d'une succession de baisses de prix improvisées.
Multiplier les paliers au-delà de trois ajoute de la complexité opérationnelle sans gain de pilotage significatif ; à l'inverse, se contenter d'un seul palier laisse trop de marge de manœuvre à l'appréciation individuelle magasin par magasin.
Non, et ce n'est pas son objectif. Une grille de décote donne un cadre par défaut qui pose à l'avance la logique de déclenchement et de profondeur, mais des ajustements ponctuels restent nécessaires face aux événements exogènes imprévus : un pic météo, une rupture concurrente, un changement de trafic en point de vente.
L'intérêt de la grille n'est pas d'éliminer toute décision humaine, mais de transformer la démarque en décision préparée plutôt qu'en réaction de dernière minute. L'article le formule directement : une grille posée à l'avance ne garantit pas d'éviter toute démarque, elle garantit que chaque démarque appliquée est un choix documenté, pas un réflexe de panique.
Pour un retailer, cette distinction est stratégique : les ajustements manuels restent l'exception qui confirme la règle, tracés et justifiés, plutôt que la norme qui rend chaque magasin incohérent avec ses voisins.
Sources : McKinsey & Company, « The State of Fashion 2025 » (BoF-McKinsey) (mckinsey.com) · Données produit Booper (module GENIUS Promotions, grilles de décote paramétrables).
Le volume vendu pendant une promotion ne dit pas si elle a créé de la valeur : une partie vient des références voisines (cannibalisation), une autre d'achats simplement avancés.
Chaque scénario promo doit être chiffré avant le lancement sur les mêmes lignes : ventes de base, incrémental réel, cannibalisation, report, effet halo, marge nette de la catégorie et coût par unité réellement gagnée.
Un arbitrage marge-volume devient alors explicable : objectif déclaré, facteurs de la prévision visibles, contraintes respectées, et validation tracée.
Un distributeur alimentaire national, plus de 1 700 points de vente et plusieurs millions de prix par an : avec Booper, ses équipes pricing simulent l'effet de chaque décision sur la marge, la compétitivité et l'image prix avant de l'appliquer.
L'essentiel à retenir : prix, promotions et démarque sont trois décisions qui s'influencent en permanence, mais qui restent pilotées avec des outils séparés dans la plupart des enseignes.
Cette fragmentation crée des incohérences invisibles à court terme (image prix brouillée, marge rognée par une promo mal articulée avec la démarque) et coûteuses à long terme. Gartner a d'ailleurs formalisé cette convergence sous un nom de catégorie de marché à part entière : l'optimisation unifiée du prix, de la promotion et de la démarque.
